L’avortement : consolation ou pénitence ?!

On connaît tous l’histoire : quelques mois agréables ensemble, passion, feu, sexe, absence de contraception, faux calcul et hop, deux semaines plus tard, le thermomètre montre le signe que nous aimons tant, sauf dans ce cas : un + de couleur bleue (ou rose!), indiquant un danger imminent, celui qu’on appréhende le plus…

Phase I: la Déception

Et maintenant, « il faut faire face à la réalité, il faut lui raconter, il faut qu’il sache et qu’il me soutienne! Je ne peux pas porter ce fardeau toute seule! », me dis-je!
Comme si la « bonne nouvelle » ne suffisait pas, comme s’il fallait souffrir encore davantage, sa réaction me choque, mes mains tremblent et mon cœur bat d’une vitesse inexprimable. J’ai les larmes aux yeux mais je suis crispée, j’attends le verdict :
Non seulement il n’en veut pas et il souhaite que nous soyons « sur la même page », mais il veut que je m’en débarrasse au plus tôt, de peur que je ne change d’avis…!
C’est là que commence la souffrance véritable, le drame : comment un homme peut-il être si froid, si indifférent envers un grain qu’il a lui-même semé, envers une partie de lui, son enfant ?!
Nous étions tellement bien ensemble il y a quelques jours ; qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi je le regarde avec tant de répugnance, avec dédain, et d’autre noms que je ne trouve plus… ?!
Les larmes m’envahissent tel un naufrage! Je sens que je me noie!
C’est comme ça que j’ai passé la première semaine…

Phase II: les symptômes

Comme tout ce qui est mouillé et ne tarde pas à sécher, mes larmes ont cessé!
J’ai cédé… Il fallait penser à la prochaine étape! Je suis seule, tant mieux! J’ai de tout temps préféré être seule dans les moments les plus critiques!
Deux ou trois jours après la fin de la première semaine, c’est le ballonnement, le mal de seins, la fatigue et la nausée qui remplacent les pleurs! Bon la fatigue, j’y suis habituée! Je me couche, je lis, je m’endors…!
Le manque d’appétit, la nausée, ça, c’est terrible, c’est incroyable! Moi qui avalais tout, comme un tube, un aspirateur ; je commence à vomir, chaque jour, et d’un rien!
C’est bizarre : je n’arrive plus à manger et boire ce que j’aimais le plus auparavant (exemples : mon nescafé matinal, le chocolat, le fast food!).
Je n’arrive même plus à sentir mes parfums préférés!
J’essaie de ne pas rater mes cours de danse, l’une des quelques sources de motivation pour moi, mais je ressens un vertige assommant! Je ne sais pas ce qui me tient debout et m’empêche de m’évanouir!
Évidemment, j’ai perdu deux ou trois kilos (le seul bon côté je crois!).
C’est là que la pénitence m’est tombée dessus!

Phase III: l’élimination

Le curetage. Le vacuum… On trouve toujours des synonymes à ce qu’on ne veut pas!
Je prends l’avion! J’ai aussi besoin de ma mère, il faut l’admettre!
Mon gynéco me rassure: « ce n’est rien, je ne te ferai pas mal, juste un pincement, une piqûre, tu verras, tu ne sentiras rien, dix minutes et ce sera fini »!
Mais, si je ne voulais pas que ce soit « fini », au fond??!
La plupart des médecins sont des connards : ils comprennent peut-être le corps, pas l’âme…!
Il m’est indispensable de mentionner ici que je vis dans un pays où l’avortement est illégal. Le gynéco « opère » dans sa propre clinique. Un bon moyen pour lui de faire un peu plus d’argent. Et du coup, l’anesthésie générale n’est pas une option!
Il FAUT avoir mal. Je n’ai pas l’embarras du choix. Le dispositif qu’il insère après l’anesthésie locale me fait sentir qu’il m’arrache les ovaires, comme si un serpent s’enroulait en moi et m’écrasait tous mes organes inférieurs! C’est tout ce que je ressens.
Je crie, je pleure. Le docteur croit que c’est juste le mal. Il continue de me rassurer en jouant le sympa! Evidemment, je ne comprends rien de ses plaisanteries!
Je m’écrie « God », pourtant je sais qu’il n’a rien à faire avec tout ça et que je suis la seule à reprocher mais, qui d’autre implorer?!
Je refuse de regarder l’écran. Je ne veux pas LE voir… Je ne veux rien voir! Je veux juste partir…
Les dix minutes se sont écoulées. Je tremble de mal et d’émotion. Je me lève, me rhabille difficilement, avale une gorgée d’eau, lui jette la somme, saisis l’ordonnance et quitte ce lieu infernal!
Je pleure durant tout le trajet jusqu’à ma maison…

Phase IV: le Prix

J’essaie de me calmer, en me répétant « it’s over now »! Je dors toute la journée! Le mal s’est calmé grâce aux analgésiques que le médecin m’avait administrés!
Le lendemain, je ne ressens plus rien ; tout était redevenu normal. Juste un peu de sang ; c’était tout! Deux ou trois jours plus tard, mon cycle recommence et je reprends ma vie d’avant. Je me sens soulagée, libérée!
Je me dis que j’ai bien fait, que je ne veux pas d’enfants, que je ne pourrais jamais supporter cet enfer qui dure neuf mois, moi qui de nature, me sens fatiguée presque tout le temps! J’ai eu assez de mal à tolérer trois semaines!
Bref! J’ai presque oublié! C’est ce que j’aime le plus chez la nature humaine : tôt ou tard, on oublie!
Une dizaine de jours ont passé sans que je ne fus gênée de quoi que ce soit! J’étais un peu distraite par autre chose aussi, les détails de la vie quotidienne, la famille puis la rentrée…
C’est curieux : une fois seule, chez moi, là où je devrais me sentir vraiment bien, le mal recommence de plus bel!
J’avais cru que je pourrais reprendre ma vie, mon travail, la danse et les quelques rares choses que j’aime toujours…!
Eh bien non! Je ne pouvais rien faire, aller nulle part ; je demeurais dans le lit, recroquevillée telle une femme de quatre-vingt ans! Je me tordais de douleur, j’avais froid tout le temps, je faisais une bouillotte toutes les deux heures et prenais quatre cachets par jour!
Le sang liquide s’était transformé en caillots… Je ne m’avais jamais imaginée que de telles horreurs pouvaient sortir d’un corps féminin, d’un corps « sexy » et attirant!!
Avec toutes ces saletés, je me sentais comme l’une des zombies de la série The Walking Dead…! Il ne manquait plus que ça!
J’avais surtout mal, chaque jour, tous les jours, pendant un mois entier!
C’était comme si la Providence devait sans cesse me rappeler, comme si je n’avais pas le droit d’oublier, de continuer, d’avancer ; comme si on avait appuyé sur la touche « pause » de ce chapitre, cette scène ; comme si le Prix que j’ai payé pendant deux mois n’était pas assez! Il fallait payer encore plus, par le mal, la solitude, les pensées mornes et sinistres du genre « c’était peut-être ma seule chance, ma dernière chance d’avoir un enfant », etc…!
En réalité, la femme n’a nul besoin de douleurs physiques pour garder un tel évènement dans sa mémoire, le graver pour toujours…!

Puis un bon matin, je me suis réveillée, il n’y avait plus rien, ni sang ni maux!
Un long cauchemar qui s’est finalement terminé…!
Une autre expérience qui m’a appris non seulement à faire plus attention et rester en contrôle, mais notamment, que l’être humain possède une capacité étonnante à accepter, affronter, résoudre, survivre et continuer…!
J’étais résolue à ne pas écrire sur ce sujet, en pensant que ça m’aiderait à oublier…!
Puis j’ai changé d’avis : écrire nous repose l’Âme et nous aide à faire la paix avec nous-mêmes et tout ce qui nous entoure!
Maintenant, je me sens vraiment soulagée . . .

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