21 mars 2021

Alzheimer: maman ne me reconnaît plus!

Maman ne me reconnaît plus…!

Enfant unique, j’ai de tout temps été le point faible de ma mère: elle m’a toujours soutenue et ne m’a jamais rien refusé, même lorsque je prenais les décisions les plus mauvaises!

Aussi, elle aimait beaucoup mes filles (surtout la grande!) et leur a tellement donné; son amour pour moi étant trop grand, elle le projetait sur elles!

Quand je souffrais, elle souffrait encore plus, sans rien dire.

Elle pleurait en silence, buvait ou prenait des calmants, juste parce que je ne vivais plus avec elle!

J’avais 12 ans quand mon père est mort, mais ma mère veillait à ce que je n’aies besoin de rien.

Elle était mon ange-gardien, mon amie et confidente; la seule personne qui rendait ma vie un peu moins pénible, un peu plus tolérable…

Aujourd’hui, elle ne me reconnaît plus! Une maladie devenue très commune mais affreusement cruelle s’est emparée d’elle: Alzheimer.

Et c’est trop dur pour moi, être témoin d’une dégradation si intense, si rapide et surtout, inévitable.

Ma mère, qui se rappelait de tout et de tout le monde, n’oubliait aucun détail. Elle était tellement organisée. Mais aujourd’hui, elle ne se souvient même plus de moi, sa fille unique!

Parfois, elle me demande où sont mes parents et pourquoi je reste avec elle à la maison.

D’autres, elle utilise le “on”, ou encore “les gens” pour me désigner! Si elle est en colère, ce qui arrive souvent -la sénilité l’ayant rendue amère et agressive- elle m’insulte ou me menace d’appeler la police ou le propriétaire de l’immeuble!

C’est quand-même maman, alors je sais que je dois accepter ce sort avec un cœur grand et un esprit ouvert, que je dois me doter d’une patience infinie et d’une croyance indubitable. J’essaie d’être optimiste, de positiver, de me dire: “ça aurait pu être bien pire”.

Parfois son comportement me fait rire, ou plutôt rigoler, quelquefois ça me fait pleurer…

Alzheimer, ce n’est pas seulement mettre son tricot ou tenir la fourchette à l’envers, non, pas du tout! C’est le fait que la personne la plus proche de nous, l’auteure de nos jours, devient brusquement une personne non-reconnaissable, une âme perdue, étrangère. Le fait que, vivre 90 ans, au lieu d’être un privilège, un don divin, est désormais une humiliante pénitence. C’est ce qui me déchire. La brutalité et l’horreur de la condition humaine, en somme.

Et je me demande: est-ce qu’elle s’en rend compte ? Est-ce qu’elle a des moments de lucidité, comme on le dit souvent ? En souffre-t-elle ? Est-ce qu’elle voit combien je souffre ?

Maman, qui pour je ne sais quelle raison demeure accrochée à la vie, n’est cependant plus maman…

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